il livre des choses
Laurent livre des choses et ça va vite, du coup l’écriture qu’il trace sur le carnet en tentant de suivre le fil, est à peine lisible, c’est mal écrit, il a essayé de ne pas perdre des choses , c’est une mèche de bougie qui va s’éteindre ,il a le regret que ça se tarisse bien trop vite . Ce n’est pas le stylo qui coince qui l’exaspère, c’est la panne sèche déjà arrivée.
Mais il a mis du cœur à ce qui a jailli.
L’écriture est bâclée, elle est à peine terminée, mais ce n’est pas cela le principal, il a été saisi la petite idée, la petite griffure de la petite envie, la petite source s’est déclenchée,
Ensuite l’écriture sera reprise, étoffée, élaguée si besoin, il a en tous cas là les briques les matières les traces, sur lesquelles il rebondira,
C’est que ça partait dans tous les sens, et il avait du mal à tenir les chevaux...
Prenant l’exemple de ses écrits au sujet de l’atelier vélo, ou de l’inventaire du bocage en Brenne, ce sont des notes qu’il prend dans l’urgence, et seulement le soir, fatigué avant le coucher, la journée étant très occupée par d’autres choses ( que de « choses » encore !) son attention sa concentration sont requises tout le long des heures par le déplacement l’observation, la perception (très important pour lui) .ou la réception..
Donc pas « à chaud » mais le soir, retrouver ce qui l’a touché, ce qu’a été l’atmosphère l’état d’esprit ; des couleurs, des formes, des charmes, des chants d’oiseaux ,
les rares rencontres, les anecdotes, des ombres au tableau éventuellement, la boue des chemins, le temps qui file vite, les difficultés à m’orienter, les panoramas, les vallées, tout celà en tournant autour de km de haies et des arbres et arbustes, cette activité durant plus de 10 journées sur un mois, passées à parcourir de long en large la campagne de ce village, à VTT souvent, à collecter des données sur un terrain de plus de 33km2,
C’est comme avec une épuisette tenter d’attraper quelque papillon .Hantise de ne pas pouvoir rendre grand chose. Ou de rendre des choses pas vivantes, artificielles. Il a souvent pensé prendre un micro pendant ces activités, mais il ne l’a pas fait.
Relisant toutes ces notes, hier, pas encore exploitées, il s’aperçoit qu’il y a eu des oublis, des fuites, c’est sans doute aussi pour cela qu’il y retournera, ce sera le prochain épisode !
il recommence chaque fois à tenter d’écrire, c’est un peu toujours la même chose, il tourne autour du pot : les buissons qui jouent les belles mariées, les blancs moutonnements, les petits ruisseaux, la rosée, les fleurs sauvages, le lumineux martin pêcheur furtivement aperçu à un gué, le cheval blanc tranquille qu’il aperçoit soudain quand il examine ses papiers en train de le regarder, juste au dessus de sa tête ,le tronçon de chemin inondé qu’il faut contourner, les vieux châteaux qui ont de la tenue, une fermière sobrement vêtue avec son vieux C15 qui rend visite à ses brebis en son champ…Bref
Au final l’écrit ne sera qu’un pâle fantôme de ce qui a été ressenti. Ce qu’il a exploré de son environnement, c’était aussi un peu la façon de faire ce travail d’écriture . Au-delà de ce paysage, le farfouillement est dans le relief qui se trouve au fond de lui.
La vie n’est qu’un éternel recommencement, dit on…