le grand plaisir

Publié le par trainefeuille

Le grand plaisir ! par ce premier jour de couvre feu, c’est pour Laurent aller retrouver là bas les collines du hameau de St Nazaire, vallée du Brion, parmi petites parcelles et grandes cultures qu’il traverse ; il n’y a personne sauf les arbres vides ,au feuillage calciné encore accroché et enflammé au soleil rasant, vers Biray c’est le ciel tourmenté, le soleil qui joue à pierre qui roule avec les nuages cendrés. Au début sur la route il croise une petite dame qui marche doucement avec son baton et lui fait un sourire, à travers son habitacle d’auto. Il a arpenté les champs ouverts et rapporté des pommes rouges , collectées dans un fossé

Oulches. Beau temps mais pas chaud . Arrive bien fatigué au soir, c’était tout le jour le VTT dans tout la Bézarde, ce hameau du bout du monde avec ses chemins tourmentés entortillés ,vers l’est c’est plus la brousse ,vers une sorte de château , « la bergerie », route privée, ferme abandonnée avec beaucoup de brebis, un jeune en auto le croise, ils se mettent à discuter, il travaille à ERDF pour le contrôle de la végétation sous les lignes, il est intéressé par ce que fait Laurent …Nouveau jour de tempête, il s’est abrité du vent pluvieux derrière la haute rangée des troncs

Prissac, dès son arrivée dans le bourg il achète à la boulangerie pour midi, ce sera froid mais c’est l’aventure, à la guerre comme à la guerre ! en stage terrain, en reprise, travail d’abord ! un ouvrier grisonnant lui a prêté son fil et le tableau de bord de son utilitaire pour qu’il recharge son portable ! une jeune femme métisse, clope au bec devant le gite communal en passant le salue,  le patron du bistrot où il prend un café à emporter .Il passe voir les employées de mairie,  et c’est parti, il fait tout à pied ;  près du cimetière, les chiens dans des cabanons gueulent à fond, oui il fait bien froid , les chemins sont gadouilleux, grâce à Joelle, il était couvert de laine et polaire de la tête aux pieds. Vieilles bâtisses anciennes, typées, il croise des ouvriers en train de refaire les revêtements des rues, il tombe sur 3 d’entre eux qui chantent « de Nantes à Montaigu, la digue la digue », ça ragaillardit,  il les salue , le chemin est creux et humide, étroit, il n’est pas gêné par la solitude, dans ces endroits il a le pied englué, ça l’a rendu léger ! il a vu tout du long évoluer la lumière dans les champs et les prés et sur les longères dans les collines ; une fermière âprement vêtue , au bout d’un pré sous un abri de quelques tôles, avec sa trayeuse qui pulse, appelle ses vaches  qui viennent la voir  maigrelettes, viennent rôder autour, conciliantes,

En bas au bout de la boue un discret lavoir de l’ancien temps, une vraie place en creux, dans un petit bois un tapis de regards tendus jaunes vifs de ficaires, les premières ! Encore une séance de grand air ce deuxième jour se dit il

Toute la journée dehors ,en VTT avec ses papiers et ses couleurs à la main, raidie par la bise, mais ce matin trop dur, il est obligé de revenir à la voiture chercher des habits ,même sa cotte, ça fera l’affaire ! Ouf moins d’eau dans les chemins qu’hier, horreur !

avec toutes ces haies d’arbustes massacrés à 80 cm de haut, ça doit être dur dur pour les zozios, se dit il, pas de risque trouver de belles fleurs blanches de prunellier comme ailleurs, penser doit leur être fatigant, se dit il ; il voit un vieux C15 , une femme en sort pour aller voir ses brebis dans le pré, elle semble ne pas le voir

que ces haies presque stériles à perte de vue !ça fait un moment qu’il est témoin de la souffrance de ces végétaux, fragiles, car statiques, ces arbres et arbustes en difficulté, stressés de tant de taille, de décapage, il leur parle, silencieux, leur dit sa compréhension, les encourage . Qu’il va se battre, je suis heureux d’être là, il leur dit,

La Garde Giron, quelle classe ce château en son coin ! au pied coule la Sonne, c’est secret comme caché, mais quelle présence avec sa tour carrée du moyen âge, stylée en bon  état, et ses grands corps de bâtiments  ses dépendances énormes, vides ,il s’attend à ce que des armées de manants surgissent des portes fermées des écuries, mais quel silence intenable, partout !rien, le vent

que le vent, c’est le désert , les fenêtres aux carreaux perdus, obscures, les siècles qui y sont passés ont tout éteint ; tout enchevêtré, tout troublé, « y a maldonne ! » il voudrait parcourir en reflux les siècles ,pour y pénétrer, dans ce château, pour retrouver de la vie ! l’étang à côté est calme, vert, la nuit tout cela doit être fantasmatique, et faire bien peur, pense t il

Il a pénétré dans un pré sans barrière fermée, pour mieux voir les bouchures, de derrière, avec un peu de peur, il a vu sous les ronces un grand trou. Personne, 

comme dans toutes les fermes rencontrées ,c’est abandonné , triste , parfois depuis pas si longtemps, y a pas encore de végétation sauvage qui pousse dans la cour, feu présence d’humains. Dans un bois, au milieu du chemin une carcasse de mouton en décomposition. Vallée de l’Abloux, la Renonfière, une ferme indiquée production de miel, qu’il traverse, pas un chat pas un bruit, plus loin ouf une maison neuve, une femme sur son mini tracteur vrombissant elle est concentrée et rase le peu d’herbe qui commence à pousser, Encore triste ;   un vieux bonhomme rentre sur son vieux tracteur, il le salue furtivement ,l’autre le regarde « j’aurais pu essayer de causer un brin, mais non », mais il est déjà sous son petit hangar. Rien à attendre alors, et il repart, une autre maison neuve,  toute une petite famille dehors autour d’une petite table, à se grâler au soleil et s’amuser, ils sont loin cependant ,

Dans les chemins étroits de la vallée, des pans de falaise ,de carrière dans les taillis,

il cherche où peut aboutir une étrange large double allée de grands arbres, abandonnée ,il y a beaucoup de végétation au milieu, sur la carte il a du mal à la situer, c’est limitrophe de la commune, mais ce n’est aisé de s’orienter. Faut se concentrer sans cesse, c’est enivrant et fatigant ,

ce matin 0 degré , mais cet après midi 18 ! au bourg la jeune patronne du tabac presse lui parle en lui vantant son village, des travaux neufs de la place « ils ont coupé tous les arbres ! on leur avait dit pourtant que l’été il fait très chaud et on a besoin d’ombre ! » « les architectes veulent de la pierre, c’est la mode ! hélas ! » 

Nouveau retour sur Prissac : parti cool pour 10h, « j’enlèverai des pelures », le temps passe ,incroyablement vite, il est toujours centré  il organise ses tournées ,pour la boucle de retour, il lui faut bien voir, sans arrêt chercher le paysage, s’arrêter brusquement, coloriant, repartant, en VTT de l’Abloux à l’Anglin, et cet autre château fort haut perché ; il a laissé l’auto au carrefour et rayonné autour ;  évidemment un vieux paysan l’ayant repéré arrive à sa hauteur avec son C15 ;qu’est ce que cherchez ? il lui détaille tous les problèmes depuis 1980 de chute des cours des bovins, des ovins, de hausse des prix des entrants, Laurent ne sachant quoi dire balbutie : le monde marche sur la tête, phrase alors répétée par le type, ça l’a marqué il acquiesce, il dit dans 5 ans tout sera terminé, mort . Dans une ferme où il s’était aventuré, un type un peu rouge de visage vient vers lui, il lui montre mon plan , le gars explique qu’il faut passer par ailleurs, par le voisin, pour voir le rio, et les haies cachées derrière, « Vous traversez le bois et vous y êtes » , il traine lourdement les phrases, comme un peu éméché …Une femme avec son cheval blanc à la main qui mange au bord de la route, elle lui dit que ce qu’il fait l’intéresserait bien elle aussi,  et son mari qui a un VTT ,et même électrique ! elle ce serait  avec le cheval , « c’est possible ?car je n’ai plus de souffle, je fume »…, plus loin dans une ferme déserte il entend un cheval qui clapote dans le chemin, travaille un moment sur ses plans , quand il lève la tête, il était juste là avec sa haute tête blanche au dessus de la sienne, calme. Il a été scotché ; puis partant il le voit se rapprocher d’un coq, -rien de pire que la solitude-  

il découvre un bon vieux lavoir où chante la source…Dans un gué sauvage il voit furtivement l’envol d’un martin pêcheur lumineux !

Mais encore toutes ces haies saccagées, laminées à une hauteur ridicule de 80cm ! quasi mortes 

Encore Prissac, aujourd’hui c’est gris et humide il y va quand même ,pas de regret, vers le Carré, vers la Carpagne, il y a une ferme-hangar déserte, où les tôles battent avec le vent, lugubre ! en fin d’après midi il voit un paysan s’approcher de lui, retraité il lui explique, après lui avoir demandé ce qu’il fichait là, que les haies qui font des feuilles mortes au pied ça ne va pas, ça acidifie la pâture, faut les couper c’est mieux, il préfère les haies très courtes, de 80cm de haut  comme ça, ça ne gène pas ; il n’y a plus de nature ? mais si il a entendu un oiseau ici ou là, il tente de lui expliquer l’avantage des haies hautes pour les nidifications variées, il n’est pas au courant dit il, et Laurent dit il faudra quand même partager… avoir des haies hautes, avoir une vraie gestion, pour renouveler la haie, et coupe court ,

Le  langage du type montre qu’il n’a pas sans doute eu l’occasion de beaucoup parler de la nature dans son milieu agricole; laisser pousser !  laisser vivre ! pourquoi ? il nous faut des sous !

Et c’est encore Prissac, avec joie ! très froid dès le matin, chemins encore pleins de trous d’eau ,il force en VTT grâce à son élan, mais cette fois la mare trop longue il met le pied à « terre », raté ! trempé ! il est à la « fosse placarde », bon allez, la chasse continue, ça le réchauffera ! et toujours un peu de suspense, sur qui va-t-il tomber ?  là c’est un gars , au hameau de Villeneuve qui vient à sa rencontre, après la question rituelle vous cherchez quoi ? il lui dit venez je vous montre l’arbre que j’ai sauvé, un beau chêne, et il est le seul ! sur la carte de Laurent il y avait des haies il y a pas si longtemps, il voit que beaucoup ont été supprimées, je vais vous expliquer, (fier de lui) ils avaient marqué d’un point rouge tous les chênes, et celui que je voulais garder, je l’ai enduit d’une boule de glaise sur la marque ! cela a été fait il y a entre 5 et 10 ans.

Il repasse auprès du gué sauvage aperçu l’autre jour (le martin pêcheur bleu vif !) ,un autre gué là un grand moulin, il traverse ,c’est inoccupé,

Ce midi, il s’aperçoit à 13h 30 qu’il a faim, et mange près du vieux château ( 13ème siècle)découvert l’autre jour, l’après midi se passe à pied dans le secteur de l’ancienne gare, sur la voie verte près du bourg, il y a beaucoup à voir sur une petite surface,          

Ce jour ci, toujours la découverte de la laideur, du massacre, de la stérilisation de la nature, mise sous cloche, artificialisée….fâcheux, scandaleux ! ah c’est de loin esthétique, c’est un vaste jardin à la française, mais rien pour les oiseaux, sauf dans les rares arbres…quelle inconscience, quel aveuglement, voire quelle haine vis-à-vis de la nature vive, calmons nous se dit il, ce n’est pas irréversible, il parle avec un agriculteur devant sa ferme ,lui demande si ce grand beau chemin avec ses haies doubles qui arrive chez lui est fermé, (il le voit bien, une haie le barre le long de son allée) le gars lui répond je l’ai fermée on ne passe plus !

avant de repartir, passant par le bourg il voit le boulanger qui, content de voir ce que Laurent fait, lui parle d’une belle zone humide où se trouvaient des batraciens, hélas un tracto pelle est venu pour l’assécher…Il est content de voir un autochtone si motivé…

Encore le plaisir de Prissac aujourd’hui, de 9h à 16h ! immergé avec joie, dans la campagne même seul, observant sans cesse, prenant son temps et en même temps bien à son affaire (sinon ça ne fonctionne pas longtemps ,les photos aériennes sont impitoyables)  il est retraité mais c’est du « boulot » pour lui,  captivant, il avance, pour la bonne cause, et il ne rêve pas, motivé, il se veut efficace, ça avance ! déjà 30 X 1km2 d’explorés ! quand il se trompe il doit trouver. Retrouver la bonne orientation. Jeu de cache cache sérieux !  il fait des photos pour étayer… lavoirs, vieux chênes…haie massacrée ,  panoramas,   il admire les atours de son environnement sans arrêt, il l’ apprécie,  heureux d’ailleurs souvent il chantonne, même quand il galère poussant avec peine le vélo dans le chemin boueux, ou quand il y a une vaste étendue d’eau sur le chemin, et il doit passer ! franchir les clôtures ou les épines du champ d’à côté , et toujours aucun humain dans son champ de vision. Tiens ! là il reconnait, il a fait la jonction avec l’autre jour ; il aime le soir finir sur une trame complète, terminé !

 

 

 

 

 

 

      

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