B'artiste

Publié le par trainefeuille

Petit il était embarrassé, emprunté pourrait on dire, empêtré dans son être

Bloqué, il ne sentait rien, n’osait rien, n’osait pas dire son opinion, que d’ailleurs il peinait à formaliser ; mal à l’aise il aspirait se débarrasser de sa carapace

Il n’était pas dépressif , mais en sous régime, en attente,

Il se sentait parfois persécuté, étant bizarre, pas comme les autres, et il en souffrait

Quand il était en proie aux rires, il se fermait comme une huitre. Il ne se sentait pas reconnu à sa juste valeur , du coup il se trainait, ne croyait pas en lui-même.
Il s’habillait gauchement, sans application. Il était muet, un peu perdu...

Maintenant, cet artiste mondialement reconnu, depuis ses 88 ans regarde en arrière,

il avait eu beaucoup de mal à trouver ses marques, à découvrir, et à accepter sa propre sensibilité,  à l’épanouir progressivement, au fur et à mesure de ses créations, de plus en plus osées, ça mettait du temps à s’éclaircir…

D’abord il pensait ,au tout début, comme son entourage ,qu’un homme, c’est peu sensible et ça ne l’exprime pas , ce n’est pas la peine, il y a mieux à faire…c’était pesant ce qui se pensait autour de lui…

Il faut voir tout son chemin parcouru, tout son sillon tracé, il était devenu une vraie éponge, parfois mélancolique, triste, parfois bien joyeux, il était de plus en plus comme photosensible,

Il perdait bien sûr encore des occasions ,d’être impacté, d’être imprimé, de créer, mais globalement il s’était rassuré ;  il avait trouvé les matériaux à partir desquels travailler :

Son corps, du bois, des plantes, des phrases, assemblées entre eux, 2 à  2 le plus souvent.

Du métal, du vent , cela donnait ses propres sculptures ;

Dans ses compositions, de l’eau, souvent sous forme de pluie, et la nuit,

l’orage  (sous forme de vidéo), des tissus, et même des machines ( tronçonneuse, locomotive à vapeur), avec des actions qui les interpénétraient , et des notes de musiques, toutes simples, des cris, des rires de bébé, des cris de peur, des bruits de baisers, des feulements, des altercations, exclamations

Des visages aussi, de la terre brute, des masques  , et même ,une fois, une armée de fantassins.

Des pots de yaourts de toutes sortes, des nez de souris, de toutes sortes d’animaux, des queues pareillement, y compris d’homme, et oui l’éros n’étant pas très loin ; des chutes, des ondes radio…

Tout cela pour critiquer carrément la société, dans son hypocrisie, en se laissant aller à ses inclinaisons, libre ; ses rêveries, du coup étaient non seulement acceptées, mais n’étaient plus stériles, mais travaillées , épanouies, et il s’était allégé en partie de ses situations de souffrance qui le minaient. Sortir de la poussière…Il avait  repéré les monstrueuses pressions qui le submergeaient, avait tenté de les prendre dans son jeu ;

il se sentait  être de pensée et de cœur, lui qui jadis croyait qu’il devait se forger tel une machine, devenir un robot qui n’aurait pas d’affect, qu’il lui fallait nier son intériorité, sa pensée devant être froide et indépendante de toute autre chose,  regardant chaque chose froidement , jadis il n’aimait pas se retourner vers lui-même,  se sentait vide s’ennuyait.

Il se demandait s’il était sensible à quelque chose…bon ! côté filles il savait que oui, vu le nombre auprès desquelles il tombait amoureux

Il a voulu rattraper tout cela, tout ce temps perdu, toute cette énergie perdue,

Sa volonté intacte, il a découvert qu’il avait sa sensibilité, comme tout le monde.

Dès lors sa conscience est à plus l’aise, son mal être profond a disparu

il n’appelle pas cela un combat, mais, simplement assumer ses goûts, son univers, à 200%, sans heurter chacun, nul besoin  

Il est fier de son nom de scène, Ba’Tiss !  

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