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EAU
La vieille croix comme une vieille femme, murmure
Voyez au delà de ce que vous voyez
C’est la source
O petit ruisseau famélique ,petit canal bordé de rêves sans trêve
D’idées sans idées, de mirages sans image
La nuit j’ai fait souvent des rêves fous
A partir de ce que je voyais à mon travail, quand je suis arrivé ici
Dans les petites stations d’épuration des eaux usées
Campagnardes et anciennes, dans ces « trous d’épuration » comme on disait,
où ça bouillonne .
La nuit ça devenait des trous informes et moussus de verdeur ,suintantes
et fleurant l’humus .
Des lieux de paix, de magie.
En ces « pots » que l’homme lui a configuré , l’eau, un peu d’eau calme qui trône,
m’apprenait la patience, à ma convenance.
Ces stations transformées devenaient des endroits à double face,
Mystérieux, louches et lumineux, glauques et régénérants , silencieux et remplis
de la clameur de l’eau. Lieux chargés à ce point de rocs que c’en était les menhirs
de Carnac cachant des druides aux yeux calmes.
Jouissance de l’endroit, en mon plein droit. Lieu aimant et non maléfique
magnétique, qui cimente et révèle.
De prière exaucée, de puissance qui pardonne .De baptème.
j’ai chanté en secret en ces endroits intimes et mythiques à la fois.
Lieu sombre et banal, si mystérieux et si canal, si intemporel et si tangible
immatériel et délabré, proche de notre condition humaine ;
il faut vivre tout ça, tant que ça ,pour être soulagé de vivre.
Lieu d’identité, avec un réceptacle
dans le sensible
non altéré ,aux côtés des humains ;
si creux au milieu des vieux trembles, fragiles, dont la main organique, humique
est comme chaude et charnue.
Au lieu dit « le bout du rêve », c’est le bout de la grêve,
y trouver la force des transports, au contact de la fontaine
à l’art de vie millénaire.
-Art de vie présentement sous les taillis, dans un terrain marécageux-
Elle ? sourdre, que sourdre comme un sourd,
silencieuse.
Pour aller dans ce songe,
ou pour avoir fonction de révélateur, il fallait ce réceptacle
de vieille pierre taillée par l’homme, cette forme circulaire, où l’eau circule comme
un vertige, se transformant en piège à mauvais œil.
Offertoire.
Mais les anciens qui sont devenus si discrets .
S’en rappeler alors dans l’eau du miroir,
de notre mémoire.
Pour peut être pouvoir
oser .
J’ai été reçu dans un vieux café par une très antique femme en lierre noir, sur son séant,
et je reçois une salve salutaire d’eau fraiche sur la figure.
Face à ce minuscule hameau éperdu je fonce au fond de fantômes .
De quoi donc peut on être sûr, depuis qu’on n’a plus conservé ferveur et foi, gloire et espoir fou ? Où peut on aller, là où, avec l’aide de l’eau guérissaient bien des maux ?
Dans ce lieu un peu opaque règne une toilette minutieuse
Etre de la fête, en la présence de l’incarnation silencieuse et végétale
Dans la veine de ce labeur intime
Comme une bête, au sein des eaux, c’est le nourrissage et le lait de jouvence.
Par le lait des eaux.
Qu’y a t il d’essentiel , -et rien de pittoresque en cela -
Que de beauté et de coup à l’âme !
Que de pâleur voit on alentour
à côté de ces vifs miroirs
Chante ton besoin de soin.
Voit l’eau de cette pierre,
De quelle eau est ton âme ?
Le feuillage de l’arbre semble plonger pour aller chercher
un dialogue des dieux , dialogue des lieux avec le soleil,
avec le temps qui ne leur sert qu’à ça.
Ces arbres grands et lourds , si sérieux
semblent certains du prix des choses, du prix du temps et des saisons.