la prière
La prière n’ a pas d’importance,
faut bouffer, autre chose n’est pas encore là.
Rageant ! quel boulet le temps, je ne sais quoi mais c’est fini.
Regardez.
Les paysans les vieux à casquette qui habitaient là,
je ne sais plus pourquoi.
(Et je voudrais bien savoir comment ils enduraient les difficultés, et pourquoi, quand…)
Regardez.
Seul le soir est au rendez vous du soleil ombragé.
Il sommeille trop et moi aussi.
A écouter le temps qui s’égrène , qui perd la boule et fuit ; criant comme la buse.
Adossé à la petite église à la porte fermée, je demeure
Tente d’être dans l’air
Tout simplement (mais je m’écoute),
D’être digne des collines bleutées au loin qui me voient.
A quand les retrouvailles ?
La maison à la devanture aux rideaux sales, abandonnée, sise au 18 de la rue du bourg,
je me rappelle bien
les bruits d’ici bas, les chevaux, charrettes, bruits d’outils qu’on affûte,
voix familières au timbre si particuliers, et les souffles des efforts, ou les soupirs ,les plaintes, et lamentations des plus vieilles. Les allées et venues, interpellations, odeurs , bruits, animaux…
Les étés buissonniers ramèneront ils quelque pitance ?
quelques nourritures à base de cris d’enfants et de paroles de laborieux ? quelques connivences à ramasser ou récolter ?
Devant la devanture aveugle aux vitres grises de toiles d’araignées,
Attendre, pourquoi. Penser,
à l’homme moustachu et ses bouts de bois à travailler à ciseler.
Les gens qui aimaient être là : travaillaient dur
se passionnaient pour les choses
intarissables,
Habité je suis et je m’y perds.
A la campagne ce serait quoi, maintenant. Ensemble
La condition humaine ne serait elle maintenant plus que derrière
le petit écran interposé ? La vie y parle à chacun, peut être
mais le hameau ne bouge pas plus d’un souffle.
Les rares gens qui sortent, rasent
les murs se parlent si peu.
On peut rêver mieux.
Y aura t il encore à l’avenir un jeune garçon
regardant,étonné et interdit la vie des gens et des champs ?
Est ce que c’est fascinant ,ce numéro18 ?
Les casquettes ,les regards , malicieux pétillants ,
Souriants et visages marqués.
Quoi d’autre de palpitant à se mettre sous la dent ?
Je me rappelle l’éternelle devanture de la mercerie
où j’allais le dimanche avec ma grand mère, après le marché
elle y faisait ses affaires devant moi,
et chez le tailleur pour les vêtements neufs à fabriquer lors des grandes occasions familiales.
Le matin c’était la messe avec ses chants en latin, avec le curé en haut de son perchoir.
Ces rideaux crado et déchirés il y a quelque chose
A donner comme un bouquet de roses.
Pour vivre en amitié avec les générations passées
garder un peu de leurs couleurs
vivre les retrouvailles avec le sol, la nature ,
se colleter le soleil qui se couche et celui qui se lève
Pourquoi être porté par le passé, qui me fuit pourtant.
Crier haut sur les toits que oui
il faut vivre , avec foi et gueuler !
Ici sur cette petite place ne reste que la place
du silence et de la méditation. Amère. Amen.
Nature transformée en sanctuaire ?
Qu’annonce ce bouquet de fleurs
sur l’autel ?
Attendons la nuit, son rêve chimère.
On ne verra plus rien.
Comment demeurer patient et sage
derrière son ordinateur :
tout reste à vendre,
tout est , a été
Solitude du bouquet de roses.
allez on éteint l’écran
La buse crie, faut quitter
Et les casquettes et les regards
Rideau !