liniez
Liniez ,hiver 96.
Ce midi à pied j’approche un petit hameau,
mais ne vois pas le bout du pylône
qui y trône.
Plus loin c’est l’horizon complètement plat sur ses carreaux de vert,de gris.
Plus d’arbre.
A mes pieds, l’herbe a ses extrémités blanches.
Le soir encore, à 20 h je resterais imbibé de ce froid ,
qui avec le vent est entré dans mes os..
Pas habitué, le gris et l’humide me piquent les yeux;
c’est le sentiment de perdition.Le glas!
Le pâle atténue tout,les détails , les maisons...
Les lointains sont dilués,
comme j’imagine ,les mentalités.
Seuls les chats ne voient rien de celà, courent
et se tapissent à mon passage;
et quelques poules.
La vieille Aronde décatie est là, pénarde dans son buisson.
La goutte au nez j’entrevois une faible lumière jaune,
dans une petite fenêtre.
Ici plus d’état d’âme, pas les moyens;
l’âme est lissée, policée par le rouleau compresseur de la cisaille-grisaille,
en cette Champagne berrichonne si vide, livide.
Ca gomme toute vélléité,la moindre petite volonté,
de quelque chose,
d’un petit rien qui serait un peu étonnant.
Petite envie de vivre...on se terre, on ne voit plus la terre,
grandes étendues si monocordes, en tonalité avec ce brouillard
qui tombe très vite, avec la nuit qui va venir.
On devine ce climat paraissant tellement avilissant
aux quelques habitants calfeutrés.
Pourquoi ne pas chercher ailleurs!
Que dans cet environnement le plaisir de se sentir, d’exister!
Se fréquenter, boire un coup, causer, jouer aux cartes,
échanger des blagues, des considérations à raz de terre...
Faire comme les animaux.
La chaleur humaine,bordel!
Contre ce froid inhumain édifier quelque chose d’humain , de miraculeux.
Marchant vite ,le froid perd la partie, aux pieds aux mains, au nez.
Chaud au buste,à la gorge, où qu’c’est qu’y a le coeur!
Quelle jouissance ,quel jeu
contre le vent roide sur les joues.
On est obligé de la voir, cette nature rigoureuse,
d’être en face de soi-même...
Merde! j’ai oublié, que là aussi, la télé règne
sur les présences all day long, all season long...