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ISSOUDUN. L’art des ouvriers d’usine : les jardins ouvriers.
Bricolages, que ces cabanes rapiécées, en souffrance, cahin-caha, avec dessus une toile en goudron délavé. Vieilles caisses plus hautes que larges , minuscules, en claire voie ,à peine à pied sec en ce moment d’hiver, presque à flots, le long des fossés où l’eau se fraie un passage vers de petits canaux à droite à gauche. Parodie de Venise microscopique.
J’aime me faufiler le long de ce cours bancale, sinueux, labyrinthique, veillé par l’église St ROCH toute proche , qui rapproche du monde moderne. Maisonnettes sans fenêtre, souvent. C’est du luxe, la porte ouverte suffit, pour voir le jour. Tu aimerais regarder entre les interstices des bois disjoints pour voir , mais c’est la nuit. Cabane, faite à la va comme je te pousse, bric à brac à la va vite, zone défaite, gratuite. Bouts de tôles disjoints, ou petits abris en frêles planchettes grises délavées. Et puis 5 m2 d’herbe, de pelouse, soignée derrière un reste de vieux mur de mâchefer. Quadrillages de chemins intérieurs, jardinet carrés, enchevêtrements de tiges, de planches comme pour précéder des tableaux qui vont être recomposés. Quelques planches, soutenues par un pied noueux de glycine. Des tablettes, des chaises dehors ouvertes aux intempéries , traces noires de feu, au beau milieu de l’herbe, au bord de fossés. 4 gros arbres ont été tranchés à 2 m, moignons penchés sur leur besogne immobile, crottés de guirlandes de lierre. Se faufiler dans une rêverie. Les petites cabanes étroites des jardins ouvriers d’Issoudun, ont un charme. Encore habitées ou non par leur propriétaire, parfois envahis de jungle -signe qu’il est défunt-, oubliées de la route, elles sont à fleur d’eau, gardées par les canards. Il y a ça et là des tas de feuilles gluantes et pourrissantes , au raz de la berge , quelques chaises entières ou en brins, tout près de ces cabanes construites à la va comme je peux.
Carrés de jardinets aux grillages vieillots, envahis de chèvre feuille, une cabane ou plutôt un trône, dans chacun. Un royaume. Cabane juste pour abriter une personne ,maxi deux. Sa femme. Et 2-3 outils. Large comme un homme, haute comme lui. Devant ,des rangs, choquant comme un cimetière militaire. Ou pointent de gros artichauts ou des salades vertes, ou un gros chou. Cette zone qui normalement n’a pas sa raison d’être dans le monde rationnalisé et sur productif actuel. Un no man’s land moderne . Une lisière d’avec le passé, nos parents nos oncles, grands pères, dans ces abris de travers, ajourés, mal protégés. C’est d’un enchevêtrement, dans c’te zone ! Définitivement . Les tiges qui sont normalement tendues vers le ciel sont ici d’une trame inextricable. Déluge vert en miniature, dans un carré de poche. Et les tanneries qui vrombissent par-dessus tout ça.
Enchevêtrements de charmes mystérieux, de pouvoirs invisibles (si l’invisible existe, ici il doit se donner du bon temps…) , ce sont des lieux sous influence, « ils »peuvent être toujours là, quelque part à se poser des questions sur les semis, les périodes, les graines…ont tellement passé de temps ici, entre la pêche et le bricolage. Ici c’est une presqu’ile, et d’anciennes cabines en bois des bateaux sont arrivées ici. C’est du grand art. Et au pied ,une petite mare à lentilles vertes .
Ici les matières sont prévues pour être désagrégées lentement, volontairement presque, ici et là y a un compost, ça y va, l’humus, ici le temps va plus vite , ronge plus vite qu’en ville, de ce côté-là. Ça va plus vite vers le paradis. Oui, ça communique plus fort entre le dessus et le dessous de la terre.
Territoire inoccupé entre 2 lignes, frontalier comme ce chemin humide et étroit, qui traverse et se rend derrière le quartier .Minuscule ville dérisoire, avec ses murailles de glycine et de grillage…
douves d’1 m de large, ses pont-levis faits d’une planchette. Zone non moderne, non qualifiée, non codifiée.
Terres mélangées, petite ville en cabanes, (comme « la ville-en-bois », ancien quartier à Nantes). La flotte au pied de la tannerie aux lattes de bois, allez sous la saulaie vous souler avec les arômes.
Comme d’anciens bateaux échoués là , devenus immobiles, en déchéance, entourés de petits enclos végétaux, aux tiges vertes , hautes haies de bambous, aux squelettes puissants de poiriers ; tout le charme des ouvriers d’usine d’Issoudun, depuis 100 ans .