fini
Fini ! l’eau se met à sombrer, doucement, à côté des
Petits arbres raz de travers mal bossus jusqu’à ce que ces oiseaux piaillent
Moi : chien d’arrêt devant cette petite lumière, cette petite chaumière basse
Qui attend la révolte passée, à l’abri de rien, même pas du temps ;
Lueur blanche de méthane, au milieu de milliards de milliards de m3 de vases et de fientes et de végétaux en décomposition de ce marais.
Fines pattes de ces échassiers chevaux légers avançant dans l’eau, pattes roses ou blanches
Subtilité, et élégance, ces
Chants doucereux dans nos oreilles ;ce marais parle à sa façon,
Loin des tornades de l’espace
Quand c’est la tempête
Aucun lieu de repos, pourtant, et
le vent m’aplatit contre lui
Comment sortir de tourner en rond, à raz les mottes là où vit le bruit rouge qui mouille
Pas la peine de se précipiter et demander de l’aide et protection au frêle échassier ;
qui me négligera
Ici sans confort je vais devoir passer la nuit ,
-ça va être la mer à boire-
Vent qui glapit dans ce vaste marais, l’hiver sur la route de St Cyr en Retz ,là
où les arbres ont leur troncs si penchés, ou à Port la Roche ,coin préféré des pêcheurs à la ligne,
Qu’y a-t-il d’autre de gracieux ici ?
Je me ramasse le vent de face, et aussi le son lointain d’un clocher
Vite ; à l’abri derrière les vaches ! au bord de l’étier je suis évidé ,
l’air, plus inconsistant, est prêt à pénétrer dans les fonds détrempés sans fin
On arrête ici de lutter et on monte sur la butte
Ici c’est sans toit,et sans toi !
Juste de la lueur, donnant sur le héron blanc, et toujours l’œil des étiers,
Immensité perdue, pour ma tête de chat huant
Ici tu es obligé de te découvrir, parmi quelques boutons d’or, tout aussi humble.
Qui règne ici ? que frissons et buissons
qui veuillent bien se pencher sur moi
C’est le noir qui immerge tout ici, entrecroisé de luminosités
Herbes, et soufres dans le magma ambiant
L’Esprit est suspendu, celui de la Création, et le sel est lassement détendu, aride,
La boue est profane avec des aspérités
Si quelques clochers subsistent heureusement, à l’horizon circulaire,
dans les extrêmes, cette contrée est cendre froide
mortelle
Sauf pour les placides ruminants
seuls habitants qui se sont incarnés ici
-avec les oiseaux - Fragiles beautés éperdues
Parmi roseaux et joncs
Entrée en scène des boutons d’or !
Et des brillants éthers aux yeux de chat
Nuages bleus dans tes cheveux souples,
Mais colères dans les formes tordues
Ici pas de fenêtre jusqu’au fond des étiers, et des saules noirs
tu es tondu tout cru
Ciel alangui des étangs de Pâques
Vitraux colorés des champs alentour,
Contre vents et marées,
où donc se place pour gémir, le rodeur à mauvaise intention ?
Quelle protection as-tu contre le marais ?
Qu’est ce qui te frappe soudain de fièvre ?
Non, pas un chat ici
Avec les oiseaux d’eaux qui continuent à vivre de cris
Quelle augure ? je n’y entends rien avec ce vent sourd dans les oreilles
L’élan du vent me plaque vers cet étang gris
Désorienté, c’est
Le plat des champs liquides ;
Tu prends une vraie douche
de cosmos
et du chant de marais ,autour des piquets
Des herbes et de la frêle passerelle de bois
C’est un sifflement singulier
Froid dégoulinant salé serré sur la tête
Vaste engeance noire, distordue au dessus de mon crâne
malades,
ces nuances inquiétantes, des pans de lumière ravalée
engloutie, devenue errante dans
le ciel ou l’eau
Tu es plié en 4, tout comme ces arbustes
Homme trop accroché
à ces drôles de lieux
La vache endimanchée ,elle, se tient bien,
Connait les abrupts vents d’hiver
Rendant le compagnon oiseau rare
Tu es emmitouflé en dedans,
Fragile coquille de peau
et tu deviens l’ami du roncier-
sorcier-
l’image d’antiques clochers engloutis te pénètre jusqu’au sang ;
celà a été transmuté en piquets ; tout ce qui vit ici
C’est le but ultime, immanquable
Pétrifié , pour avoir dit oui à quelle mort
Ici on n’oublie pas Dieu,
on ne fait pas le poids,
toit de guingois
ô solitaire !
accroches toi !
toi si amoché
L’herbe jaune si fade,
Sans pouls
Les doigts sentencieux du vent
Erratique,
ô mortel
les joyaux
d’argent que tu cherches
sentent le soufre
à la croisée des chemins
tu cherches en toi cette Pensée lumineuse
Si Douce
tes cheveux sont transformés en fusée solaire,
Miracle ! là bas loin dans l’eau et dans le ciel
C’est la petite église de Bouin façonnée avec le vent de face ;
dedans la photo du pape et les vitraux ,tous en joie !
Devant cette intention
Je ne peux plus que chanter !…
Avec une énergie, un élan de tant de kms
l’œil du cyclone passe par celui des étiers,
et les rodeurs invisibles sont obligés d’y passer, par ce trou ;
chargement vers un autre univers
La complainte des champs sales
Le bruit gris dans les brumes
Désorienté étouffé
Et soufflé
Ici le mortel
souhaiterait juste un petit bout de loi pour se raccrocher,
Les nuits de colère
même si elles ponctuées de quelques lueurs de phare là bas,
tu as peur d’être transmuté
O mental !
Esprit de sorcier
Tu es comme le buisson détrempé
Ta tête a une crinière glacée à odeur électrique
Aux pointes taillées par les vents hurlants,
Au lieu dit « la culnauderie »
Les vaches assistent impuissantes à cet état de fait .
Là bas ,dis moi, es tu clocher ou brin d’herbe ?
Que c’est limpide !
Cette vaste baie plate pleine de boue entre les contrées
maraichines et bretonnes
Décorée de quelques lieux dits
Et tout au loin ,ces rares églises qui récupèrent
Magiquement les capricieuses luminosités atmosphériques
et édifient de beaux vitraux colorés !
L’herbe du sel dans le champ blanc
Ça coupe l’œil, émerge et éclabousse,
Ce vent humide à raz d’eau de roseaux
Ce chasse marée
-Même les vélos sont mis à mal-
Qu’y a-t-il de caché derrière les vents ?
J’en ai fini avec les immensités
je reprends le bon vieux vélo d’Huguette et pousse
vers le petit port du Collet