entre Pommiers
Entre Pommiers et Orsennes le printemps sans le dire ou bien c’est pire ;le sourire de la peinture murale ou celui de la jeune fille, la serveuse du restaurant entre les masures de la petite place de Gargilesse .Au milieu des ruelles qui prennent les maisons en éventail et comme en étau cette place
Elle n ‘arrête pas de sourire ; inlassable, alors je réponds c’est très bon ce ragoût de veau aux carottes, mais si. Si elle contente alors moi content !
Dans ce village de quel dieu de quelles idées sort le royaume de l’eau qui court ici partout, au milieu de cette grisaille suintante froide de ce jour d’hiver, cette bouillasse au milieu des mousses vertes engorgées et des troncs verts des bois pentus …
Les eaux prennent leur élan ici, dans leur sein.
Il mouillasse de l’eau même en ce vert de gris de plein jour ; dans le ciel à peine jour.
Mais mon cerveau a fui, a dégouliné avec tout le reste et c’est trop dur de rassembler 2 ou 3 bricoles, les mots se sont plus là, les bons les justes, ou alors sont défaits, déliés restent quelques uns ,passe partout, passe muraille, à s’accrocher, à accrocher à la langue…
Cerveau creux mais plus le ventre, youppie ! Faudrait se réchauffer, de cette ambiance , et rêver en sortant d’être comme le merle, capable d’éveiller la campagne, ou comme Tarzan – cri- qui- tue…
J’avais galopé et trimé tout ce matin à serpenter gaiement et courir dans cette vallée de la Creuse :est ce vrai. Jusqu’à ce village au fond de tout, que je distingue un peu à travers les carreaux du restau. Restau où il y a 3 ou 4 pékins , comme ce vieux couple qui cause et cause. Et moi qui cause pas. Je vois à travers les carreaux que je verrai ce soir Joëlle et les garçons.
Du solide dans cette glu liquide de solitude.
Oui j’en ai sillonné de trop de voiture et pas assez digéré, pas assez dirigé des choses, mais, bon ,abruti je ne regrette rien.
Rêvant que tombent bientôt les barreaux de ma prison, phrase par phrase.
Mais dehors entre chien et loup, au milieu de cette meute de gouttes de nuit ; pas même envie de me noyer dans les petits sentiers alentour. C’est la vacuité plombée, est-ce la mauvaise nuit passée ?
Non, pas s’installer sur la prairie humide et dormir jusqu’au printemps…les eaux ici rendent fou, elles prennent tout, elles bruissent tant, dans la chute du vieux moulin tout en contre- bas. Elles ont tout conquis.
Révoltées ces eaux ? qui le saura.
Seul le souvenir du merle chantant empêche le sommeil de plomb.
La mousse verte est sur le balcon. L’eau gicle comme ce matin sur la banquette puis sur la route.
Les gouttes de pluie tombent une à une sur les carreaux du restau. Je me sens lourd de grisaille et de brumeux, et me dégoutte .
Une peinture murale et à côté une serveuse qui me fait la causette à sa façon « courgette ou lapin ? ».Elle me fait les grandes eaux de Versailles.
Voie qui est l’eau qui chante ! Qui me fait une place parmi tout ce fourbi.
Mais ce matin cette pomme ramassée entre Pommiers et Orsennes ,c’était si frais si bon.
Elle me l’a donnée, l’a cueillie au cœur de l’arbre.
Car elle se fait serveuse de jour et chasseresse la nuit . Et roucoule de ça de là ,partout sur les bords du ravin, comme seul le merle au printemps saurait le dire.
Mais devant la berceuse des eaux, je suis resté sans sourire, alors la grisaille a demeuré.
La rivière coule en bas et sur les carreaux du restau.
Qu’est ce qu’elles ont fait, ces eaux ? maintenant elle est partie, cachée peut être dans la verte mousse , et je regrette le goût du ragoût de veau aux carottes.
Aujourd’hui le royaume de l’eau est indigeste
Ah un bon cinéma et s’installer comme il faut ! Ne plus bouger et comme cela, ne rien sentir !
Comme un soleil dans un plein jour.
Dire que de ces eaux viendra le printemps…