à l'écart de la brume
A l’écart de la brume
Ah ces étendues de brune
Sur les colzas si jeunes
Ah ces étendues de plume
Sur les colzas si lune
j’étais parti en vélo si tôt
A la nouvelle heure tapante
Vers la mâtine matinée
de toutes les saveurs
toutes les ardeurs
C’était les odeurs , les ferments comme les fumants
Parmi marais et ensilages
Carex et roseaux
ces gaz de tourbe
Fermentation
des humus depuis la nuit des temps
la plongée vers la respiration des forêts anciennes
les étiers où les poules d’eau
clapotent
et les bourgeons
s’échappent
tout cela fonce
vers notre ouïe notre vue ,
éperdument vers la vie.
est ce qu’on est mort
chaque jour un peu plus fort
des plantes comme les arômes forcent
la vieille croûte de boue
ça veut faire briller son jeune bout de vert tout tendre
au moindre brin de soleil
à tout prix
ça veut se faire voir
ça fend doucement la mousse verte
qui l’a entretenue tout l’hiver
dans cet endroit insondable
ça veut faire la joie des petits des moineaux
tout neufs
ça veut être le roi
de cet endroit inconnu
où ne règnent pas nous les humains
ça se veut le lieu propice
aux fragiles corolles
atttention
Le territoire de saules habité de ruisseaux,
peuplé de taillis
est là.
La falaise farine
et la vieille grande grotte
antique fermée par l’humidité
aussi
pas de bouffées d’air
mais sur les éboulis gris
pousses vertes et frêles agrémentées de pointes bleues
pointent
la sève légère vogue au dessus de la masse amorphe
mais vieux saule
tu pleures tes
jeunes plis verts
tendent vers
le sol
tu veux vêtir ce
tronc noir
évidé
pudique,
je tarde à comprendre tu
tiens à montrer que
le moindre vent t’habille et te sied
tu témoignes que une once de
joie vaporeuse
t’habite
tu pries
dans les replis
du vent qui volète
.