st valentin
St valentin le village des amoureux
est à 11h dans la grisaille,
avant Noël
Y a rien sauf un coq qui s’ergosille, une tronçonneuse et un pigeon
qui tour à tour se font entendre.
De même une mob qui pète, et un avion, mais très loin.
Ah une voix soudain, entendue par je ne sais quel moyen, met un peu de chaleur à ce silence rural , énorme. Comme l’espoir de la noël.
Silence dans lequel on perçoit le ruisselet , aux longs cheveux aquatiques,
le long de sa cohorte d’aulnes et saules fuselés et grotesques ,en enfilade.
Même à la période de noël ,ils savent encore que trop bien garder leur même humeur, trop stable.
A Liniez ,peu loin de là, y a le petit chemin qui glisse le long du ruisseau de Saint Martin,
sur ses talus - faut pas être grand pour s’y faufiler- y a toujours des primevères en pagaille,
à la primeur du printemps. C’est beau comme un noël.
C’est le vent souple, même la nuit, qui souffle sur une vieille cabane. Et sur la petite église déserte, aux verres poussiéreux et cassés. Même à Noël.
Quelques ateliers trop anciens fermés depuis des lustres, aux accents de voix trop lointains.
Aux ouvertures lie-de-vin, informes. Même la pluie tombant sur les embrasures n’arrive pas à donner un peu de vie à ses boiseries grises et foncièrement asséchées .
Granges fossilisées. A Noël , ne pas rester au milieu de ces lichens et vieilles pierres, ces plafonds défoncés qui ont connu tant et tant de noëls.
Le vent aux poings de géant entre par ces ouies rouge brique mais
Noël ce n’est pas le gouffre béant du néant, par ce qu’on en dit. Ce serait plutôt un chant d’oiseau .Un chant d’oiseau formidable.
En attendant qu’advienne celui d’un homme, ou d’une femme, ou d’un enfant,
dans ce drôle de silence de St Valentin, le village des amoureux.
Mais ce midi la pluie grise temporise, en attendant Noël,
fait durer le plaisir, atrocement,
Je me faufile et le vent me pompe les bronches, m’insuffle sa volonté,
siffle singulièrement dans les branches décharnées et souples des vieux saules.
L’ atelier antique fait entendre son chant troué
rempli du ronflement des vents qui les ont tant traversés.
Noël est ce vieux ? est-ce être vieux ? Dieu seul le sait.
Dieu est il vieux ? qui le sait ?
L’eau est boueuse, tortueuse, comme ma tête à l’approche de la noël.
Quelque petit oiseau au chant annonciateur sautille sur les vieux rondins entassés,
bûches de noël.
Tandis que les herbes jaunies ploient sauvagement.
Noël. Bientôt ! Petit signe !
Ce matin Adelin a eu froid aux pieds et il a atterri dans notre lit à 6h.
Dans le noir il me passe la main sur le visage, je ne bouge pas, silence bienheureux.
Revois le sourire étrange de Joëlle « tu sais on n’a pas de cadeau nous deux, c’est pour les enfants, d’ac’ ? »
Jouez paillettes, jouez fillettes, éclatez rires
des jolies binettes
Sonnez musiques, c’est Noël
Ce soir
Faites la cour aux muses
Vrombissez violes et violons
C’est la nuit des enfants
Tombez flocons
…
mais en ville dans les grands centres
commerciaux c’est noël déjà depuis 2 mois. J’entre au Mamoute.
La truffe froide tu restes, dans ce machin moderne et conditionné.
Au visagiste, les coupeuses sont derrières la vitre et en blanc de blanc.
Médical. Ca éclaire de partout, on se croirait dans une fournaise mais
Ça reste de glace. Blanc de blanc.
Devant le bureau de tabac c’est la queue, la serveuse tante de satisfaire le client
C’est Noël.
C’est sûr, les gens ont des mines allongées, pressées.
« qu ‘ai je oublié » ; au comptoir le chien s’épouste.
C’est Noël.
Un jeune homme habillé chic croque ses pim’s.
Une rutilante Sérena est en exposition dans le hall.
-C’était pareil la veille de l’an 2000-
Rêveur je dors, sors
et me retrouve
Dans la petite église de Gournay,
village minuscule
Qui est pleine. Attention , la chorale est là pour minuit,
ça va chanter !
Avec le froid dehors et aux pieds,
c’est enfin
Très beau , chaud aux entrailles ,à tout
Et très haut, ça rejoint
le chant de l’oiseau.